Conversation entre Jean ordinaires

Création 2023

Texte : Laëtitia Ajanohun
Mise en scène, scénographie : Jean-François Auguste
Création lumière : Nicolas Bordes
Création sonore : Antoine Quoniam
Collaboration artistique : Morgane Bourhis

Avec : Jean-Claude Pouliquen et Jean-François Auguste.

Production

For Happy People & Co

 

Co-Production

Comédie de Caen CDN de Normandie ; Centre national pour la création adaptée de Morlaix

Lauréat 2023 du Collectif Scènes 77.

Avec le soutien du département de Seine-et-Marne

Dossier artistique

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L’art, c’est l’enfance, voilà. L’art, c’est ne pas savoir que le monde existe déjà, et en faire un. Non pas détruire ce qu’on trouve, mais simplement ne rien trouver d’achevé. Rien que des possibilités. Rien que des désirs. Et tout d’un coup être accomplissement, être un été, avoir du soleil. Sans en parler, involontairement. Ne jamais parfaire. Ne jamais avoir de septième jour. Ne jamais voir que tout cela est bon. L’insatisfaction est la jeunesse (…)

M. Rilke

Dans notre monde inachevé, on trouve des JEAN. Des Jean-François Auguste, des Jean-Claude Pouliquen, des Jean-Sébastien Bach, des Jean foutre, des Jean Siberg, des Jean-Luc Godard, des Jean-Philippe Smet, des Jean-René Lemoine, des Jean-Baptiste Poquelin, des gros Jean comme devant, des Jean-Charles de Castelbajac, des Jean Jaurès, des Jean Dubuffet… et Jean passe. Dans notre monde Rubik’s cube on aperçoit des carrés vides, des portes d’entrée et de sortie, on regarde la réalité au sérieux, on l’expérimente, on tente de ne pas s’aplatir devant elle, et on ne dit pas «c’est normal». Parce que, franchement, qu’est-ce que la normalité? Une place de choix dans une étude statistique? Une «chose» quantitative et objectivable ? Une adaptation réussie ? Une injonction sociétale ? Une efficacité au bonheur ? Une facilité évidente à accepter les règles du jeu ? Une aptitude à garder une humeur égale? Mens sana in corpore sano ? Un gout prononcé pour les idéologies dominantes? Une dissimulation efficace de ce qui dépasse, de ce qui pousse de travers, de ce qui s’en va battre la campagne ? Un espace commun vers lequel tendre ? Un vœu triste et gris ? Un réconfort sucré-marshmallow-Barbe-à-Papa ? Une confusion héréditaire ? Une pauvreté d’esprit, plus précisément, un manque d’imagination ? Un mensonge répété à l’envie, à n’en plus finir, à n’en plus pouvoir ? Une carabistouille ? Un bobard ? Des balivernes ? Des sornettes ? Des fadaises ? Une niaiserie ? Une insulte ? Une calamité ? La Hess, miskine, elle n’existe pas!

Jean-François et Jean-Claude se connaissent depuis 18 ans. Depuis leur début, l’un joue le rôle tantôt du metteur-en-scène, tantôt du souffleur, l’autre joue le rôle de l’acteur. Aujourd’hui le projet est de les mettre face-à-face, tête-bêche, cul et chemise sur un plateau parce que le moment est venu de voir comment ça tonne deux JEAN ordinaires qui se baladent de répliques en répliques en bord de mer, en front de scène. Dans un premier temps Jean-François et Jean-Claude sont des comédiens parachutés dans le cauchemar récurant de tou·te·s acteur·trice·s : ils sont sur scène dans un décor qu’ils ne connaissent pas, avec des costumes qu’ils n’ont jamais portés, devant dire un texte qu’ils n’ont jamais appris. Silence, trou, dégringolade ! Une fin de leur monde. Ils tombent dans les méandres de leur «je» et voilà bien quelque chose de tout-à-fait jouissif à voir.

Dan Fanté écrit magnifiquement ce qui pourrait être la fin de ce premier temps :

À la fin il y en a marre d’expliquer les gens te voient comme tu es ou pas pourquoi se crever à décrire le brouillard sur Venise ou la passion des sublimes Chevrolet 1957 –ça intéresse qui ?– soit tu es branché brouillard et Chevrolet soit pas. Pour moi, la magie tient à la vie elle-même au cadeau immérité d’être ici présent de foncer tête baissée contre les murs ou assis dans un fauteuil à m’extasier sur l’origine du souffle. La vie est improvisation – du théâtre – avec billet de faveur – imprévisible horrible grotesque absurde brutale précieuse et romantique. Une aventure.

Un monde Rubik’s cube… L’idée initiale d’Ernő Rubik était de construire un cube afin d’amener ses étudiants à imaginer quel était son mécanisme interne. Comment les petits cubes pouvaient tourner suivant trois axes, être en mouvement tout en restant solidaires… Ce pourrait bien être cette enquête qui anime nos Jean ordinaires: comprendre le mécanisme interne d’un monde où les vérités colorées sont toujours en mouvement… On peut regarder les choses, telles qu’on croit qu’elles sont, en se demandant pourquoi ? On peut aussi les regarder telles qu’elles pourraient être en se disant pourquoi pas? Mais alors, où est la vérité ? Pour mener cette expérience rien de tel que le jeu. Le fait de jouer comme voie d’accès à la pensée et comme façon de la transmettre aux autres. Le jeu comme source d’étonnement et d’enthousiasme face au monde, aux autres et aussi à soi-même: «Je est un autre» écrivait Rimbaud.

Car Conversation entre Jean ordinaires est également un portrait en creux de nos deux Jean. Une photographie mentale qui révèlerait leur identité… leurs identités ? Si «je est un autre», qui parle quand je dis «je» ? Combien de voix résonnent-t-elles en moi ?… Ce «je est un autre» ressemble à un hoquet de schizophrène. Connaissez-vous cette plaisanterie de comptoir: «Je ne suis pas schizophrène, mais, moi, si !». Donc, mettre au centre du projet de mise en scène le désir, la nécessité de jouer, la multiplicité des possibles. Un kaléidoscope à facette. Coloré. Lumineux. Tout en révélant les nombreuses personnalités qui chanteraient en même temps et harmonieusement au dedans de nos deux Jean ordinaires.

Photos Christophe Raynaud de Lage

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